Apocalyptique explosion de Vanya (RS-220) le 30 oct 1961.
La bombe RDS-220 fait détonner 57 mt sur la Nouvelle Zemble.
(Doc X, 2004)
Faire la bombe ou perdre le Nord ? [1er partie]
On avait déjà vu dans un précédant article comment les soviétiques, sûr d'eux,
avaient lancé le 20 février 1956 depuis Kaspoutine Yar au pas de tir 4-N un
missile SRBM R-5M Shyster (nom OTAN) avec une ogive atomique armée. Après avoir
survolé des zones habitées, l'ogive était retombée sur sa cible dans le désert
de Karakum prés de la mer d'Aral à 1200 km de là et avait fait détoner la bombe
avec une énergie de 2 ou 3 kt. C'était l'opération Baïkal !
Mise à feu d'un SRBM Russe R5-M à Kapoustin Yar. (Doc X)
Je me demandais si les USA n'avaient pas réalisé un test aussi stupide à cette
époque. Voyons un peu le 2 mai 1962.
A 4000 km d'Hawaï les USA s'étaient ouvert un centre d'essais atomiques dans le
Pacifique central dans l'Atoll de Kwajalein prés des îles Marshall (enfin dans
le coin). On trouvait dans cette très vaste zone des îles aussi idylliques que
Bikini, Enewitok, Johnston, Elugelab, etc.
La partie Sud de l'Atoll de Kwajalein (USA) poste
de commandement des essais atomiques. (Doc Google)
Bon, ce 2 mai 62 est lancé de l'île Johnston une fusée Thor DSV-2E qui emporte
une bombe thermonucléaire Dominic_Prime de 2 ou 3 Mt, mille fois plus puissante
que la bombe Russe du test Baïkal. Toute fois la comparaison s'arrête là, le RV
Américain culmine vers 400 km et détone dans le cadre des tests ABM (Nike Zeus)
série FishBowl. A 400 km la détonation est spatiale, le flash est visible en
pleine nuit depuis Hawaï (ce n'est pas la porte à côté), la boule de feu s'étale
sur 150 km. Le test est réussi ; les missiles ICBM Russes qui passeraient dans
cette boule de feu radioactive n'auraient que peu de chance d'en sortir intact
disait-on à l'époque.
Détonation spatiale de Dominic-Starfish-prime de 1962. (Doc AIEA)
Pour faire bonne mesure le 20 juin 1962, deux mois plus tard, nouveau test Starfish.
Encore lancé de Kwajalein une fusée Thor, même modèle que la précédente, emporte
vers l'île Johnston la bombe H BlueGill de 2 ou 3 Mt. Elle doit aussi détonner à
500 km de distance du sol/mer, mais voilà, pas de détonation !
Où est passé le rentry vehicle (RV = ogive) ?
Si la fusée a bien largué la bombe, celle ci en panne n'a pas détonnée, même pas
le détonateur chimique, encore moins la bombe nucléaire d'amorçage de la bombe H,
bref, retombée en mer on ne sait pas où, la bombe intacte sommeille encore au fond
de l'eau aujourd'hui, protégée dans le robuste RV au large de l'île Johnston.
Les tests Starfich-prime utilisaient ce même type de fusée Thor que ce modèle
d'IRBM déployé en Europe (UK ici) à la fin des années 50 début 60. (Doc RAF 1958)
Le pire arrive le 25 juillet 1962 où la fusée Thor explose sur son pas de tir avec
sa bombe thermonucléaire. La bombe ne produit pas de fission, mais pollue gravement
l'île avec du plutonium 239.
Lorsque vous lisez le compte rendu des tirs atomiques aériens de 1945 à 1963 vous
seriez surpris de voir qu'il y a eu qqs loupés, qqs bombes perdues, des accidents
humains au moment de la détonation, enfin assez d'incidents pour frémir en repensant
au test soviétique de 1956 de l'opération Baïkal.
Désormais les tests atomiques se font par simulation sur ordinateurs ou en pico-bombe
dans des centres de recherche, je crois qu'il y en a un prés de Bordeaux, avec le
Laser Mega Joule.
Simulation en laboratoire d'explosion nucléaire. (Doc CNRS 2006)
Le prochain test réel d'arme atomique est attendu en Iran, il sera sans doute sous
terrain (si les Israéliens aidés par les Américains le permettent).
Moi, pour ce que j'en dis...
Elles font parfois "pchitt" [seconde partie]
Nous avons vu comment, dans le dernier article, lancer en test un missile
armé d'une authentique bombe atomique n'est évidemment pas sans risque. Mais
que le missile survole dans sa route balistique des zones habités certes cela
ne s'est fait officiellement qu'une fois, mais c'est sans doute une de trop.
La mission Baïkal du 20 février 1956, où les soviétiques lancent un SRBM
Shyster R-5M avec une arme nucléaire de 12 kt (Hiroshima = 18 kt) sur une
route Kaspoutine Yar - Mer d'Aral (désert de Karakum) qui n'est effectivement
pas trop peuplée, n'est pas une excuse ; mais quel culot, quel mépris.
verront un chasseur bombardier Voodoo F-101 qui tire un missile Genie MB-1
de Northrop armé d'une bombe atomique de 2 kt, mais le premier tir c'est fait
le 19 juillet 1956 depuis un chasseur Scorpion F-89 qui a largué dans la
fameuse Area 51 au Nevada le missile depuis une altitude de 4500 m.
Le F 101 Voodoo tire le missile Air Air atomique Genie MB1 sur Flat man A-51 (Doc USAF 1962)
le missile a parcouru 5 km avant de détonner en l'air (c'est un air-air) et
l'article dit que les hommes de l'USAF qui assistaient à l'expérience au sol
n'ont pas souffert des retombées radioactives !
S'ils le disent...
Bon, admettons que dans ce dernier cas seuls des militaires auraient été
concernés par un accident.
Mais au fait en dehors du crash d'une ou plusieurs bombes atomiques comme cela
s'était produit, suite à une collision d'un B-52 de l'USAF-SAC
Le B-52 d'Alméria était de ce type, mais celui-ci est équipé de 4 missiles SRAM
short range air missile en place des 4 MK-17 internes. (Doc USAF SAC 1983)
avec un avion de ravitaillement, dans le ciel d'Almeria en Espagne le 17-2-1966
et qui avait vu quatre bombes thermonucléaires du plus gros calibre de l'USAF
la célèbre MK17 tomber sur la plage de Palomares (deux sur le sable, deux en mer)
y a-t-il eu des accidents sur la bombe même ?
Il n'y en a que de cinq types que je connaisse.
-1 Elle n'explose pas.
-2 Seul le détonateur explose mais les sécurités bloquent la fission atomique.
-3 La bombe explose sans recevoir l'amorçage de neutrons (fizzle pétillement).
-4 La bombe atomique d'amorçage détone mais la fusion ne s'amorce pas.
-5 L'énergie attendue n'est pas atteinte.
Tous ces petits "bobos" peuvent arriver sous la coiffe d'un ICBM ; étonnant non ?
1 Elle n'explose pas, alors soit elle est perdue en mer, c'est ce qui arrive le 4
juin 1962 comme je vous le décris dans le dernier article, soit ses produits
radioactifs se dispersent dans la nature et la zone est plus ou moins polluée.
Une des 4 bombes thermonucléaires tombée sur le sable
de la plage de Palomares avec son parachute frein.
(Doc musée US des armes atomiques 2000)
C'est le cas de Palomares où une des 4 bombes H s'est émiettée sur le sable,
polluant très gravement la plage.
2 Le détonateur fonctionne, mais les sécurités ne s'enlèvent pas toutes et la fission
ne peut pas se produire car la masse super critique n'est pas réalisée.
C'est le cas de l'autre bombe de Palomares qui voit 5 de ses 6 sécurités sauter. Ouf.
3 La bombe pour détonner avec un processus complet et rapide de fission doit recevoir
une forte irradiation de neutrons issue d'un générateur neutronique comme par exemple
le mélange Polonium 210 sur du Bérilium qui produit un violent flot de neutrons rapides.
Détonnation (volontaire) sans initiateur à neutrons. La fission se fait en
pétillant c'est le procédé le plus polluant. (Doc AIEA test pour l'US NAvy)
Sans cet aide la fission est relativement lente et il se produit ce que l'on appelle
du pétillement (fizzle).
On verra ça d'une certaine manière dans le réacteur 4 de la centrale de Tchernobyl en
Ukraine en 1986. Là, se disperse une très forte pollution radioactive.
4 Dans le cas de la bombe thermonucléaire la température de fusion est atteinte par un
violent chauffage et compression par rayons X du tritium/deutérium. Les rayons X sont
générés par une fission atomique initiale (bombe atomique).
Ici seule l'amorce atomique fonctionne et la détonation donne du 60 kt
où on attendait 1Mt (Test UK GrApple-1 / Short Granite 15-5-57. (Doc X )
Dans le cas de défaillance nous pouvons avoir une détonation atomique normale mais
pas de fusion, là encore on constatera une forte pollution de la zone par
vaporisation du deutérium et du tritium sans compter le réservoir en uranium 238
(bombe à 3 étages).
5 phases de la bombe H à 3 étages :
- 1 constitution en haut une bombe fission au plutonium à implosion,
et en bas le corps destiné à la fusion et une enveloppe d'uranium
- 2 détonation de la bombe nucléaire d'amorçage
- 3 compression de l'étage du bas par rayon X
- 4 montée en température du corp de fusion (en bas)
- 5 fusion en cours dans le bas et continuité de l'explosion en haut.
Ce que montre mal le dessin c'est la fission de la paroi extérieure
qui vient compléter le processus ; c'est le 3e étage de la bombe et le
plus polluant dans la bombe H. C'est dans la phase de chauffage de la
partie basse que l'échec du tir peut-être enregistré.
5 Tout semble bien se dérouler mais la puissance attendue n'est pas au rendez-vous,
c'est la faute à une déformation du conduit des rayons X dans la bombe thermonucléaire
et la fusion est alors incomplète, d'où une moindre puissance constatée.
Oui, nous sommes un peu hors sujet cette fois ci.
Rien n'est parfait, tout le monde a ses petits problèmes, même les bombes à hydrogène
de nos jolis ICBM !
Il n'y a pas de doute, ces stratèges de la dissuasion atomique
apocalyptique sont des poêtes de la terreur...
© aveni 2003